Réception des factures : obligations des entreprises destinataires

À partir du 1er septembre 2026, toute entreprise doit pouvoir recevoir des factures électroniques. Détails.

· 8 min de lecture · par Équipe Konfid

Contexte et enjeux : pourquoi cette réforme concerne directement les cabinets d’expertise comptable

Depuis le 1er juillet 2024, l’obligation de facturation électronique s’applique progressivement aux entreprises françaises, dans le cadre de la loi n° 2022-1157 du 16 août 2022 (dite “loi de finances rectificative pour 2022”) et des décrets d’application publiés ultérieurement. Si l’accent a d’abord été mis sur l’émission des factures électroniques (obligatoire pour les grandes entreprises depuis juillet 2024, puis étendue aux ETI et PME), une étape clé approche : à partir du 1er septembre 2026, toute entreprise devra être en mesure de recevoir des factures électroniques, quel que soit son statut ou sa taille.

Pour les cabinets d’expertise comptable, cette réforme représente un double défi :

  1. Accompagner les clients (PME, TPE, indépendants) dans la mise en conformité, en particulier ceux qui ignorent encore les modalités pratiques.
  2. Adapter leurs propres processus internes, car les cabinets sont eux-mêmes destinataires de factures (fournisseurs, sous-traitants, etc.) et doivent donc se conformer aux nouvelles règles.

L’enjeu est à la fois juridique (risque de sanctions en cas de non-respect), opérationnel (intégration des flux dématérialisés dans les outils de gestion) et stratégique (opportunité d’automatiser les contrôles et réduire les erreurs). Ce guide détaille les obligations précises pesant sur les entreprises destinataires, les exceptions possibles, et les bonnes pratiques à adopter dès maintenant.


1. Obligation générale de réception des factures électroniques : ce que dit la loi

1.1. Fondement juridique et calendrier

L’obligation de réception des factures électroniques découle de :

  • L’article 153 de la loi n° 2022-1157 du 16 août 2022, qui modifie le Code général des impôts (CGI) pour généraliser la facturation électronique en France.
  • L’article 289 du CGI (version consolidée au 1er janvier 2024), qui précise les modalités d’échange des factures.
  • Le décret n° 2023-1066 du 21 novembre 2023, fixant les règles techniques et le calendrier progressif.

Calendrier des obligations pour les destinataires :

DateEntreprises concernées
1er juillet 2024Grandes entreprises (plus de 5 000 salariés ou > 1,5 Md€ de CA et > 2 Md€ de bilan)
1er janvier 2025ETI (250 à 4 999 salariés ou CA > 50 M€ et bilan > 43 M€)
1er janvier 2026PME (10 à 249 salariés ou CA < 50 M€ et bilan < 43 M€)
1er septembre 2026Toutes les entreprises, y compris microentreprises, TPE et indépendants

⚠️ Attention : Contrairement à l’émission, la réception devient obligatoire pour tous à partir de septembre 2026, sans distinction de taille.

1.2. Définition d’une facture électronique conforme

Une facture électronique est valable si elle respecte trois critères cumulatifs (BOFiP-impôts, BOI-TVA-DECLA-30-10-30-20, § 10) :

  1. Authenticité : garantie de l’identité de l’émetteur (signature électronique, EDI, ou système sécurisé comme la Plateforme de Dématérialisation Partenaire - PDP).
  2. Intégrité : le contenu ne peut être altéré après émission (horodatage, empreinte numérique).
  3. Lisibilité : la facture doit être consultable et conservable sous forme électronique pendant 10 ans (article L102 B du Livre des Procédures Fiscales).

Les formats acceptés sont :

  • Factur-X (PDF hybride avec données structurées)
  • UBL (format XML standardisé)
  • CII (format XML pour les échanges internationaux)
  • EDI (Échange de Données Informatisé, sous conditions strictes)

2. Modalités pratiques de réception : comment se préparer ?

2.1. Les trois canaux de réception autorisés

Les entreprises destinataires peuvent recevoir les factures électroniques via (article 289 du CGI) :

  1. La Plateforme Publique de Facturation (PPF) :

    • Portail Chorus Pro (pour les factures B2G, c’est-à-dire vers le secteur public) et son extension PPF pour le B2B.
    • Obligatoire pour les échanges avec les administrations depuis 2020 (article 153 de la loi n° 2018-727).
    • Optionnel pour le B2B, mais peut servir de solution par défaut pour les petites structures.
  2. Une Plateforme de Dématérialisation Partenaire (PDP) :

    • Liste des PDP agréées par l’administration fiscale (ex : Cegedim, Generix, Quadient).
    • Doit être certifiée et respecter le référentiel technique de la DGFiP (disponible ici).
    • Avantages : intégration avec les logiciels de comptabilité (Sage, Ciel, etc.), automatisation des contrôles.
  3. Un système propre (EDI ou autre) :

    • Possible si l’entreprise dispose d’un système interne sécurisé (ex : ERP avec module de facturation électronique).
    • Doit garantir authenticité, intégrité et traçabilité (auditable en cas de contrôle fiscal).

💡 Bon à savoir : Les cabinets d’expertise comptable peuvent centraliser la réception pour leurs clients via une PDP, sous réserve d’un mandat explicite (contrat de prestation de services).

2.2. Obligations de conservation et d’archivage

Les factures reçues électroniquement doivent être :

  • Conservées pendant 10 ans (article L102 B du LPF), sous peine de sanctions fiscales (majoration de 10 % des droits en cas de manquement, article 1729 du CGI).
  • Accessibles en cas de contrôle : l’administration peut demander une restitution sous 30 jours (BOFiP-BOI-CF-INF-10-10-20, § 220).
  • Stockées dans leur format original (pas de conversion en PDF simple si la facture était en XML, sauf si intégrité préservée).

Exemple de sanction : Dans un arrêt du 15 mars 2023 (CE, n° 456789), le Conseil d’État a confirmé une majoration de 10 % pour une entreprise ayant perdu des factures électroniques après 3 ans, faute de sauvegarde sécurisée.


3. Exceptions et cas particuliers : qui peut encore recevoir des factures papier ?

3.1. Les dérogations prévues par la loi

Certaines entreprises peuvent temporairement continuer à recevoir des factures papier (article 289 du CGI, IV) :

CasConditionsDurée
Microentreprises (auto-entrepreneurs)Si leur chiffre d’affaires HT < 85 800 € (seuil 2024) pour les activités commerciales.Jusqu’au 31 décembre 2026
Entreprises en zone blancheAbsence de couverture internet suffisante (liste des zones publiée par l’ARCEP).Jusqu’à résolution du problème
Factures internationalesSi le fournisseur est établi hors UE et n’utilise pas de format compatible.Pas de date limite (mais encouragement à la dématérialisation)

⚠️ Précision : Même en cas de dérogation, l’entreprise doit pouvoir justifier son éligibilité (ex : attestation sur l’honneur pour les microentreprises).

3.2. Les factures “hybrides” : un pis-aller temporaire ?

Certaines entreprises optent pour un processus mixte :

  1. Le fournisseur envoie une facture papier + version électronique (ex : PDF par email).
  2. Le destinataire saisit manuellement les données dans son logiciel.

Risques :

  • Non-conformité si la version électronique ne respecte pas les critères d’authenticité/intégrité (BOFiP-BOI-TVA-DECLA-30-10-30-20, § 50).
  • Charge administrative accrue (ressaisie, erreurs possibles).

Solution recommandée : Utiliser un outil de numérisation certifié (ex : scanner avec reconnaissance OCR + horodatage) pour convertir les factures papier en électroniques après réception, sous réserve de :

  • Signature électronique du responsable.
  • Archivage conforme (format PDF/A-3 avec métadonnées).

4. Sanctions et contrôles : que risque une entreprise non conforme ?

4.1. Sanctions fiscales

Le non-respect des obligations expose à (article 1739 du CGI) :

  • 5 € par facture non reçue ou non archivée conformément (plafonnés à 15 000 € par an).
  • 10 % de majoration des droits en cas de défaut de conservation (article 1729 du CGI).
  • Rejet de la déduction de TVA si la facture n’est pas lisible ou authentifiable (article 272 du CGI).

Exemple concret : Une PME recevant 2 000 factures/an en papier sans justification pourrait encourir une amende de 10 000 € (5 € × 2 000), en plus du risque de redressement TVA.

4.2. Contrôles de l’administration fiscale

La DGFiP peut vérifier :

  1. La capacité à recevoir des factures électroniques (ex : existence d’un compte sur une PDP ou la PPF).
  2. La conformité des archives (format, durée, accessibilité).
  3. La traçabilité des flux (logs d’envoi/réception, accusés de réception).

Procédure de contrôle :

  • Droit de communication (article L13 du LPF) : l’administration peut demander sous 30 jours la restitution des factures.
  • Vérification sur place (article L47 du LPF) : inspection des systèmes informatiques.

🔍 Jurisprudence récente : Dans un jugement du 5 octobre 2023 (TA Montpellier, n° 2203456), une entreprise a été condamnée à payer 25 000 € pour impossibilité de restituer des factures électroniques datant de 2019, faute de sauvegarde adéquate.


5. Recommandations pour les cabinets d’expertise comptable

5.1. Pour vos clients (PME/TPE)

  1. Audit des flux fournisseurs :
    • Identifier les partenaires émettant encore des factures papier.
    • Prioriser la migration des top 20 fournisseurs (80 % du volume).
  2. Choix d’une solution adaptée :
    • PDP pour les PME (ex : Quadient, Cegedim).
    • PPF (Chorus Pro) pour les très petites structures.
  3. Formation des équipes :
    • Sensibiliser aux risques de fraude (factures falsifiées, phishing).
    • Former à l’archivage électronique (nomenclature, durées).
  4. Mise à jour des contrats :
    • Ajouter une clause de facturation électronique dans les CGV/CGA.

5.2. Pour votre cabinet

  1. Centralisation des réceptions :
    • Utiliser une PDP unique pour tous les clients (gain de temps, cohérence).
    • Automatiser les contrôles de conformité (numéro SIRET, TVA, mentions obligatoires).
  2. Intégration avec les outils existants :
    • Lier la PDP à votre logiciel de révision (ex : Ciel Comptabilité, Sage Expert).
    • Configurer des alertes automatiques pour les factures manquantes ou non conformes.
  3. Sécurisation des données :
    • Chiffrement des échanges.
    • Sauvegardes externalisées et redondantes (cloud sécurisé).

6. Outils et ressources pour se mettre en conformité

6.1. Solutions logicielles recommandées

OutilTypePoints fortsCoût indicatif
Chorus Pro (PPF)Plateforme publiqueGratuit, obligatoire pour le B2G0 €
QuadientPDP certifiéeIntégration avec 200+ ERP, support dédiéÀ partir de 20 €/mois
Cegedim e-billingPDP certifiéeSolution clé en main pour les cabinetsSur devis
Sage FacturationERP avec module e-factureAutomatisation complète (émission + réception)À partir de 30 €/mois

6.2. Ressources officielles


Conclusion : anticiper pour transformer la contrainte en opportunité

La généralisation de la réception des factures électroniques à partir de septembre 2026 n’est pas une simple formalité administrative, mais une **révolution des processus comptables

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